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  • Audrey Denis

La chair et les barbelés - Une toile racontée


Je le sens là, sous la pointe du sternum, là au dessus du nombril, l'être incomplet. L'être comprimé, l'être enfermé dans sa peur. Je le sens dans ma chair endormie qui peu à peu se réveille, qui peu à peu se révèle à la surface. L'angoisse. Je la reconnais. Je ne peux la cacher, elle cogne à la porte de mon corps. Je la sens dans mon ventre.


L'être dans son étau de chair respire à peine, il est pris dans les filets de la peur d'être. La peur de naitre au monde sans avoir rien à prouver, sans avoir à se justifier, sans avoir à être compris, sans rien avoir à faire que d'être et considérer cet être unique, beau et singulier. Libre. Vivant.


La tête qui croit tout savoir sur tout empêche la liberté, ce droit de naissance illusoire mais dont le sentiment est possible quand l'être vit.


Cette pointe de sel qui empêche de respirer profondément me pique les lèvres; Je n'ose exprimer. Dire. Manifester. Apparaitre. Cette pointe de sel assèche mes élans inspirés en plein vol. Meurt la poussée intérieure dans sa course vers l'au dehors, l'au delà des normes.


"Respire. Respire une fois. Respire vraiment pour une fois."




Sur la toile, tout se joue. L'éducation, le regard des autres, son propre regard, le poids du sens à nos actes...le poids des réalités comme des illusions, des limites prémâchées vendues sous vides, là entre la pointe du sternum et le nombril. Sur la toile, tout se joue.


A l'intérieur, j'entends l'enfant sous le poids des libertés que l'on nous ôte, je l'entend, il respire à peine. A peine. Et je m'en veux. Il voudrait rire, se mouvoir dans tous les plaisirs, affirmer sa part sauvage inéluctable, libre. Mais qui empêche cela ? La tête, le mental, les préceptes noués comme barbelés empêche l'être de se réaliser. De peindre sa temporalité, sa corporalité, son humanité.


Je suis chair à mon cœur. C'est ce que l'enfant intérieur me dit. Alors oui, parfois je pleure avec lui. Et la porte se débloque soudain. Et la porte s'ouvre enfin. Et l'être se libère de l'emprise qui l'étranglait. L'enfant respire.


Son souffle est doré, palpitant, jaune rayonnant, solaire. Vivant dans ma chair.


Il me dit "Ose, tu penses beaucoup trop...Que risques-tu à exprimer le rouge sur cette toile ? Ce chant qui pousse en toi ? Cette flamme dansante qui ne brûle pas ? Eclaire moi de tes envies, brille en moi. Montre moi combien tu m'aimes. Aime ma peau de tambour, la seule et unique voie à vivre. Quel temps de gâcher à se limiter aux quatre coins d'une prison mentale ? Aime la vibration sous la chair, l'émotion, l'intuition, le plaisir, l'âme qui rayonne....en dehors des barbelés faits de "sois sage", des clôtures montés avec des "fais pas ça, ça ne se fait pas", des remparts dressés de "la différence est un handicap". Mais qui dresse ces murs là ? Mais qui dit cela ?


Il est temps de passer au dessus, l'amour de soi est éclaireur.



L'être est courageux. Et je peins pour me le prouver. Je peins pour gagner du terrain sur ma peur d'être, l'être en vie. Pleinement incarnée. Une.


Je peins pour ma liberté.


Et vous,

Si vous n'aviez pas peur que feriez-vous pour votre enfant intérieur ?



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